
David Lynch est l'un des rares cinéastes à travailler sur les fondements mêmes du cinéma pour exprimer l'inquiétante étrangeté, qu'on pourrait tenter de définir comme une sensation de malaise. C'est surtout la capacité à représenter son monde intérieur qui fait l'originalité et la force de l'œuvre de Lynch.David Lynch est originaire du Montana, Missouri, où il naquit le 20 janvier 1946, aîné de trois enfants. Son père était chercheur au ministère de l'agriculture et sa mère, enseignante de langue à domicile.
Le petit David Lynch grandit dans un environnement forestier et se rend parfois à Brooklin pour rendre visite à sa grand-mère maternelle. D'où la place importante qu'occupera dans son œuvre future la forêt, les grandes villes industrielles et le contraste qui en résulte.
Intéressé par le dessin il prend des cours de peinture et ses premiers films vus au cinéma de quartier sont des films de science fiction, fantastiques, de teenagers et d'Elvis Presley.
Destiné à la peinture, il finit par s'inscrire avec son ami Jack Fisk à la Pennsylvannia Academy of Fine Arts de Philadelphie en 1965.
Il est très vite intéressé par l'art plastique et conçoit des peintures animées.
Il monte son premier film, Six Figures, destiné à être projeté sur une sculpture "écran", et gagne un prix. Il réalisera plus tard deux autres courts métrages, The Alphabet et The Grandmother qui ont pour point commun de mélanger plusieurs techniques filmiques (animation, image par image, prise de vue réelle, …). Ces films expérimentaux, irracontables s'appuient sur une logique particulière, plus proche de l'art abstrait que du cinéma classique.Dès 1972, Lynch s'attelle au projet Eraserhead qui durera près de cinq ans (par perfectionnisme et manque d'argent) et qui constitue son premier vrai film. Elaboré quasiment en famille et artisanalement, c'est un film un peu plus racontable mais qui ne peut être encore que "décrit".
Sorti en 1977 il reçoit un accueil mitigé mais devient un film culte au fil des années, le réalisateur Stanley Kubrick l'aurait même désigné comme le film qu'il aurait aimé réaliser. C'est surtout au niveau du son que Lynch innove en lui donnant une fonction précise et en introduisant des discontinuités dans les ambiances et la musique.Auréolé de ce succès d'estime, Lynch se voit proposé de réaliser Elephant Man (1981) d'après l'histoire réelle de John Merrick promené dans les fêtes foraines à cause de sa difformité.
Le film est produit par Mel Brooks, célèbre comique, réalisateur et producteur, et constitue le plus gros succès commercial de Lynch, sa structure plus classique y étant pour quelque chose. George Lucas lui propose alors de réaliser Le Retour Du Jedi mais Lynch refuse car le film n'aurait pas vraiment été le sien.Produit par Dino De Laurentiis, l'adaptation du roman de science fiction Dune (1984) de Frank Herbert, est considéré comme un échec par Lynch, dépassé par l'ampleur de la tâche et devant subir la pression du projet. Pourtant Lynch innove encore en proposant une structure scénaristique en spirale, les noms s'incarnant et les faits s'éclairant au fur et à mesure.
Les œuvres suivantes de Lynch reviendront à un univers plus intimiste et proche des idées qu'il a en tête.Sorti en 1986, Blue Velvet, est décrit par Lynch comme une "histoire d'amour et de mystère" où un type "se retrouve dans deux mondes à la fois, l'un agréable, l'autre très sombre et terrifiant". On retrouve dans ce film, Kyle Mac Lachlan, déjà dans Dune, aux côtés de Laura Dern, d'Isabella Rosselini (qui deviendra la deuxième femme de Lynch) et de Denis Hopper, qui réussit son come back en interprétant l'inquiétant et dangereux Franck.
Le compositeur Angelo Badalamenti est présent pour la première fois sur Blue Velvet et cette entrée marque le début d'une collaboration fructueuse entre Lynch et lui.Un court métrage, Le Cowboy Et Le Frenchman, de la série "La France vue par" est commandé à Lynch qui s'essaye à l'humour à cette occasion.
Plus ambitieux sera le projet suivant, la série TV Twin Peaks écrite en collaboration avec Mark Frost. L'action débute au moment où l'on découvre le cadavre de Laura Palmer enveloppé dans du plastique. Les premiers épisodes de la série s'attacheront à la recherche du coupable.
La série eut un succès critique mais aussi public aux Etats-Unis lors de sa première diffusion en 1989.
Le premier rôle est tenu par Kyle Mac Lachlan qui incarne l'agent du FBI, Dale Cooper, se fiant à ses rêves, à ses intuitions et à la philosophie tibétaine pour résoudre ses enquêtes.
La série est un cocktail réussi de soap opera, de fantastique et de suspense, et dévoile une galerie de personnages aussi fous que différents. Elle permet à Lynch d'expérimenter tout en rencontrant en même temps un certain succès populaire.En 1989 Lynch entreprend le tournage de Sailor et Lula (Wild at heart) avec Laura Dern et Nicholas Cage. Tiré du livre du romancier Barry Gifford le film est un road movie baroque, exacerbé et contrasté jusqu'à l'extrême.
Présenté au festival de Cannes en 1990 il remporte la Palme d'Or, aussitôt contestée par des critiques déboussolés et ne saisissant pas les intentions du cinéaste.Fin 1989 Lynch présente un spectacle musical, Industrial Symphony, cosigné avec Angelo Badalamenti.
La chanteuse Julee Cruise, remarquée sur les b.o. de Blue Velvet et de la série Twin Peaks, y interprète les chansons.
Le spectacle filmé en vidéo par Lynch sera par la suite distribué dans le commerce tout comme le premier disque de Julee Cruise, toujours cosigné par Lynch et Badalamenti.En 1991, sous l'impulsion de Francis Bouygues, magnat et propriétaire du bâtiment, via sa société Ciby 2000 nouvellement créée, Lynch, désireux de retrouver l'univers de Twin Peaks, tourne Twin Peaks Fire Walk With Me, conçu comme une prequel, c'est-à-dire, dont l'action se déroule avant la série.
Le film relate le meurtre de Teresa Banks et les sept derniers jours de Laura Palmer.
Il s'éloigne radicalement de la série dont il ne partage que quelques personnages et décors, s'appuyant principalement sur la personne de Laura Palmer.
La construction du film est dissymétrique et encore moins linéaire que celle d'Eraserhead.
En ce qui concerne le son, Lynch y est beaucoup plus présent en signant le sound designing et en participant au mixage du film. Il inaugure un système de mixage sur des ordinateurs permettant des effets divers.
A sa sortie en 1992 le film, pourtant de qualité, sera décrié par la plupart des critiques mis à part quelques exceptions.Après de brèves incursions dans la publicité et dans des séries tv, On The Air et Hotel Room, co écrit avec Barry Gifford, et des projets avortés, il faudra à Lynch quatre ans pour qu'il puisse débuter son nouveau projet de film, Lost Highway.
Entre temps il continua à peindre et à participer avec Badalamenti au second disque de Julee Cruise.Lost Highway, interprété par Bill Pullman et Patricia Arquette, sort en 1997. Ecrit en collaboration avec Barry Gifford, le film est un de ses plus fascinants et les influences de ses oeuvres passées comme Eraserhead, Blue Velvet ou Twin Peaks Fire Walk With Me ressortent.
L'intrigue du film est volontairement difficile à comprendre bien qu'arrangée sous une certaine logique, Lynch privilégiant le mystère afin de préserver la rêverie.David Lynch se détourne quelque peu de son univers tourmenté en tournant Une Histoire Vraie (The Straight Story), d'après la vraie vie d'Alvin Straight, interprété par Richard Farnsworth dont c'est ici le dernier rôle.
Le film, sorti en 1999, raconte avec sobriété le parcours effectué par Alvin Straight en tracteur pour rejoindre son frère ayant eu une attaque.
Lynch rend également un hommage très réussi picturalement aux peintures paysagistes d'Edward Hopper en filmant les grandes étendues agricoles de l'Amérique du Nord.A la même époque Lynch réalise le pilote d'une nouvelle série, Mulholand Drive, pour la chaîne de télévision ABC mais la chaîne le juge trop violent et ne le diffuse pas.
Contre toute attente, Studio Canal rachète les droits du tv film et propose au réalisateur d'en faire un film avec un nouveau montage et l'ajout de nouvelles scènes.
Le film, présenté officiellement à Cannes 2001 en compétition officielle, reçoit le prix de la mise en scène, ex-aequo avec le film des frères Coen.Source: Michel Chion - David Lynch
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